Nous sommes appelés, en novembre, mon maître de stage (MdS) et moi-même, au domicile de Mme F...Violette, 86 ans, pour un renouvellement de traitement suite à son retour d’hospitalisation.
Sa nièce vient nous ouvrir et nous accompagne au salon de cet appartement où se tient une femme âgée, au teint pâle, un peu somnolente, deux genouillères tombantes sur ses chaussures, « allongée » dans un fauteuil, et tenant la poignée d’un déambulateur dans sa main gauche. Elle se redresse dans une grimace suivie d’un sourire en reconnaissant le docteur ... Elle est veuve, vit seule, sans enfant mais sa nièce habite à proximité.
Mon MdS commence à discuter et à examiner Mme F, Il me demande pendant ce temps de regrouper toutes les dernières ordonnances (cardiologue, phlébologue, ophtalmo, crh etc.) et les boites de médicaments se trouvant au centre de la table.
Son histoire récente se résume ainsi : Elle a été hospitalisée en janvier pour une fracture d’une branche ischio-pubienne suite à une chute ; une cause mécanique a été retenue pour sa chute, « Violette » souffrant depuis toujours d’une gonarthrose évoluée. Son hospitalisation a duré 2 mois à cause d’une phlébite, puis un sub-OAP sur AC/FA et une infection urinaire.
A peine rentrée à son domicile, une deuxième chute, survenue en mai a entraîné une fracture du col fémoral droit opéré par PTH, compliquée d’une récidive de phlébite et d’un épisode de confusion, le tout suivi de 3 mois en moyen séjour.
Sa nièce nous explique que depuis son retour à domicile, sa tante se plaint surtout de gonalgies. « Elle prends du Diantalvic° jusqu’à 6 par jour, mais cela à tendance à l’endormir, et puis avec tous ses médicaments, je suis sûre qu’elle ne sait plus trop ce qu’elle fait ».
Je suis impressionnée par la liste de médicaments :
Hemigoxine°x1
Lasilix° 20x1
Kaléorid°600x1
Triatec°1.25x2
Cacit vit d3°x3
Fumafer°x3
Diantavic°*6
Forlax°*2
Previscan°1/2,3/4,1/2
Mopral 20°x3
Moclamine°x3
Piascledine°x3
Seresta°10x1
Difrarel°*3
Catarstat° 2x3 gttes
Et quelques boites : Rufol°, Rectopanbiline° suppo, Ketum° gel.
Violette me semble très gentille. Pendant l’examen, elle se plaint des genoux : « Oh vous savez Docteur, je n’arrive plus trop à marcher ; et puis je suis fatiguée et ça me fait mal quand je me lève. Alors du coup, je sors plus mais j’arrive encore à me débrouiller dans l’appartement. »
L’examen clinique retrouve une TA à 120/80, une auscultation sans particularité, et un léger oedème bilatéral des chevilles, le genou droit chaud et douloureux, un pli cutané un peu persistant ainsi qu’une mycose des plis inguinaux. A droite, le genou est limité en flexion à 110° en flexion, à gauche à 150°, les compartiments internes sont très douloureux à la palpation. Madame Violette est heureuse d’être rentrée chez elle mais semble un peu désorientée. Je suis un peu gênée car Violette sent un petit peu l’urine mais je ne sais pas s’il faut aborder cette question.
Sa nièce nous dit être dépassée par l’aggravation de la dépendance de sa tante, malgré la présence quotidienne de l’aide ménagère. Elle nous présente un dossier de demande d’APA, ainsi qu’un résultat biologique avec le dernier INR à 3. Mon MdS prescrit le passage quotidien d’une infirmière à domicile pour la toilette, la surveillance du traitement et la préparation des médicaments, ainsi qu’un bilan biologique et des séances de kinésithérapie à domicile, puis me demande de rédiger la prescription des médicaments...