M. H..., 38 ans, se présente sans rendez-vous au cabinet et insiste auprès de la secrétaire pour voir « un médecin » de toute urgence.
La secrétaire nous prévient que le patient semble « excité ». C’est un patient connu du cabinet mais qui n’a pas consulté depuis plus d’un an.
Mon maître de stage me demande de commencer la consultation dans le bureau voisin. Après que je l’ai fait entrer, le patient m’interpelle : « J’ai la CMU, mais j’ai perdu ma carte vitale, ça pose un problème ? Je le rassure et lui réponds que nous allons nous débrouiller.
« Voilà, je suis toxico, j’avais arrêté, mais là, j’ai déconné, j’ai replongé et je veux décrocher » Je suis dans un premier temps un peu mal à l’aise car c’est la première fois que je suis confrontée à un toxicomane qui demande un sevrage ou une substitution.
M. H, durant cette partie de l’entretien, se tient assis au bord de sa chaise, le regard direct et fixe, il parle beaucoup, à peine relancé par une reformulation ou une question, il est en sueur et bouge sans arrêt.
Il me dit qu’il prend de l’héroïne en sniff, une ligne 3 fois par jour, ce qui fait environ 1 gramme par jour, qu’il n’a pas de problème pour en trouver, que ça lui donne la pêche pour aller bosser. « En fait c’est à cause des copains que j’ai replongé. Mais là, j’ai un coup de blues. »
J’apprends également qu’il vit avec une jeune femme qui ne consomme pas d’héroïne. « D’ailleurs c’est pour ça que je veux décrocher parce qu’elle ne le sait pas et que je suis obligé de lui mentir.. »
Il me dit qu’une personne de ses connaissances lui a parlé de Subutex° que ça marche bien... « Je voudrais essayer, mais il paraît qu’il y a des dépendances.. .
M. H. souhaite également une prescription de Rohypnol° , car c’est le seul produit qui le fait dormir quand il est en manque « Les fois où j’ai arrêté, j’ai pris du Stilnox° et ça ne m’a rien fait. »
Il me livre également qu’il prenait de l’alcool avant sa dernière tentative de sevrage. « C’est pour ça qu’on m’a donné de l’Equanil°, non ? »
Je regarde sur l’écran de l’ordinateur ses ATCD : dépression, exogénose, hépatite C, substitution par méthadone, abcès du bras droit opéré il y a 3 ans. Il continue de parler et me dit qu’avant, il prenait l’héroïne en I.V. « Dès que j’ai su que j’avais l’hépatite C, je n’ai plus échangé ma seringue, j’étais devenu hyper maniaque avec ça »
Il me dit également qu’il se sent mal à l’aise vis à vis de sa copine qui est « non héroïnomane, non fumeuse et ne touche pas une goutte d’alcool. En fait heureusement que je n’ai pas repris l’alcool, parce que c’est de ça que j’ai eu le plus de mal à décrocher ! »
Je lui propose alors de l’examiner, mais il refuse l’examen clinique. « On verra une autre fois mais ce soir, j’ai pas le temps, les pharmacies vont fermer, il me le faut pour ce soir ».
Je lui propose un bilan pour l’hépatite C et le HIV. Après en avoir discuté ensemble, je lui indique que je suis d’accord pour mettre en place une prescription de Subutex° avec l’accord de mon maître de stage. J’appelle alors ce dernier pour la prescription.