M. A..., 28 ans, se présente sans rendez-vous au cabinet et insiste pour voir un médecin tout de suite. La secrétaire nous prévient que le patient semble excité voire énervé. C’est un patient qui a déjà consulté au cabinet médical deux ou trois fois mais pas depuis plus d’un an.
Averti de la situation par la secrétaire, je demande à M.A de patienter quelques minutes le temps de finir la consultation en cours. Le patient marche de long en large dans le couloir devant le cabinet de pendant le temps de la consultation.
M.A rentre dans la pièce dès que la patiente précédente l’a quittée. Le patient m’interpelle : « J’ai la CMU, mais j’ai perdu ma carte vitale. Mais là, j’ai besoin. » Je le rassure et lui réponds que nous allons nous débrouiller.
M.A durant cette partie de l’entretien, se tient assis au bord de sa chaise, le regard direct et fixe, il parle vite, sans trop m’écouter, il bouge sans arrêt.
Il me raconte qu’il prend de l’héroïne en sniff, une ligne 2 fois par jour, ce qui fait moins d’1 gramme par jour, qu’il n’a pas de problème pour en trouver, que ça lui donne la pêche pour aller bosser.
Il a rechuté depuis 6 mois, et a déjà un long passé de toxicomanie qu’il avait déjà abordé lors de la consultation précédente il y a 18 mois.
A l’époque, il était sevré et n’avait pas de demande médicamenteuse. Il travaille dans un grand magasin de fleurs depuis 3 ans. Il me raconte également qu’il vit depuis un an avec une jeune femme qui ne consomme pas d’héroïne.
Il me dit qu’un de ses copains lui a dit qu’il lui fallait du Subutex° parce que ça marche bien... « Je voudrais essayer, j’en ai jamais pris mais il paraît qu’il y a des dépendances... mais en tout cas il me faut quelque chose ».
M. A. souhaite également une prescription de Rohypnol° , car c’est le seul produit qui le fait dormir quand il est en manque « Les fois où j’ai arrêté, j’ai pris du Stilnox° et ça ne m’a rien fait. »
Il me raconte également qu’il prenait aussi de l’alcool avant son dernier sevrage il y a 18 mois. « Au centre où j’étais suivi, il m’avait donné de l’Equanil°, je crois que c’était pour ça »
Je regarde sur l’écran de l’ordinateur ses ATCD : toxicomanie débutée à 20 ans, dépression, exogénose, hépatite C, substitution par méthadone, abcès du bras droit opéré il y a 3 ans. Il continue de parler et me dit qu’avant, il avait pris l’héroïne en I.V.
Il me dit également qu’il se sent mal à l’aise vis à vis de sa copine qui est « non héroïnomane, non fumeuse et ne touche pas une goutte d’alcool. Elle voit bien que je déconne avec la bière, elle comprend pas ; je sais pas comment je vais faire parce que j’ai du mal à décrocher de la bière aussi ! »
Je lui propose alors de l’examiner, mais il refuse l’examen clinique. « On verra une autre fois mais ce soir, j’ai pas le temps, les pharmacies vont fermer, il me faut des médicaments pour ce soir. Sinon, ça va pas aller, déjà là je transpire, j’ai mal au dos et au ventre ».
Il est toujours agité sur sa chaise. La consultation dure depuis 15mn et le temps lui semble long.
J’essaie de mettre en place un cadre minimum. Je lui propose un bilan pour l’hépatite C et le HIV ; il est d’accord pour revenir avec le résultat.
Après en avoir discuté ensemble, je lui indique que je suis d’accord pour mettre en place une prescription de Subutex° mais à certaines conditions et avec certaines précautions. Si je lui prescrits ce traitement, je n’accède pas à toutes ses demandes concernant les autres médicaments.
Son accord sur la prise en charge semble dicté par l’urgence de sa situation. Compte tenu de l’ensemble de ces éléments, nous nous mettons d’accord pour un nouveau rendez vous rapide pour réévaluer la situation.