Je reçois aujourd’hui pour la première fois Mme. H âgé de 35 ans. Elle est venue me consulter sur les conseils d’un de ses amis que mon enseignant clinicien ambulatoire (ECA) maître de stage suivait dans le cadre d’un traitement de substitution aux opiacés.
Elle m’explique qu’elle est toxicomane depuis l’âge de 25 ans. Elle a commencé par toucher à l’héroïne avec son petit ami de l’époque qui lui-même était toxicomane. « Vous savez, j’ai touché à tout ! ». Elle a consommé de l’héroïne régulièrement jusqu’à l’âge de 30 ans.
Elle a réussi à décrocher seule pendant 3 ans. Pendant environ un an, elle a cependant utilisé de façon occasionnelle du Subutex qu’elle achetait dans la rue et qu’elle prenait aussi en injectable. Je remarque d’ailleurs qu’elle en a gardé des stigmates au niveau des mains. Elle m’explique qu’elle a d’ailleurs eu des abcès au niveau du dos de la main et que c’est une des raisons qu’il l’avait poussé à arrêter.
Elle a recommencé à reprendre de l’héroïne en sniff, il y a environ deux ans, suite à des soucis personnels, notamment une rupture sentimentale.
Elle a quelqu’un dans sa vie depuis environ un an qui n’est pas toxicomane. Elle a également un travail depuis environ un an ; elle est graphiste dans une petite entreprise qui travaille pour les médias.
Pendant cette année, elle a réussi à diminuer sa consommation sans pour autant pouvoir l’arrêter. Elle m’explique qu’elle veut arrêter l’héroïne parce qu’elle souhaite stabiliser cette relation et qu’il est difficile de travailler quand on est « accro » à l’héroïne. De plus son ami ne sait rien de sa toxicomanie. « Je ne veux pas tout foutre en l’air pour mes histoires ; avec l’âge, il faut que je me calme maintenant ». Son intention paraît claire car elle souhaite avoir un enfant assez rapidement.
Elle ne souhaite pas arrêter seule comme la dernière fois et débuter un traitement par Subutex.
Je lui explique que c’est une solution envisageable. Je poursuis l’entretien :
« avez-vous déjà fait des prises de sang pour les hépatites et le sida ? »
« Oui, on m’a trouvé une hépatite C mais je ne m’en suis jamais occupée car il paraît que le traitement est dur à supporter ! »
J’examine ensuite Mme H :
L’examen est sans particularité hormis les oedèmes des mains que j’avais remarqués tout à l’heure. Je ne constate pas d’hépatomégalie.
Je lui confirme que je vais l’aider à arrêter l’héroïne en lui prescrivant de la buprénorphine. Je lui fais donc la prescription en lui expliquant les modalités de la prise pour les premiers jours. Je lui demande de revenir me voir dans 3 jours afin de voir si le traitement lui convient et comment nous devons l’adapter.
« Si vous avez des problèmes avec le traitement d’ici là, vous me téléphonez. Vous allez à quelle pharmacie pour acheter le traitement ? ».
Je la revois comme convenu 3 jours plus tard, elle a réussi à se stabiliser à 8 mg/jour de buprénorphine. Elle m’explique cependant qu’elle a des difficultés à dormir et qu’elle se réveille parfois la nuit. Elle me demande si je ne pourrais pas lui prescrire quelque chose pour l’aider à dormir.
- « Je vais vous prescrire un somnifère pendant une période courte afin qu’il n’y ait pas d’accoutumance au médicament ». Je lui donne par ailleurs des conseils quant au sommeil.
« Il faut que je vous avoue autre chose docteur, quand je ne prend pas d’héroïne, j’ai tendance à boire de l’alcool et il parait que ce n’est pas bon pour les grossesses. Et puis je me demande pour mon hépatite ? »
« Quand la situation sera prochainement stabilisée et que nous serons bien d’accord sur le suivi du traitement, nous nous occuperons de l’hépatite C ; en attendant, je vais vous prescrire une prise de sang afin de vérifier si votre foie est malade, les virus des hépatites et le VIH. »
« D’accord, mais comment cela va-t-il se passer si je suis enceinte ? Quels sont les risques pour le bébé avec mon hépatite C et le Subutex ? ».
Nous parlons donc du déroulement de la grossesse et de l’accouchement compte tenu du contexte ; je lui renouvelle son ordonnance de Subutex pour une semaine avec toutes les conditions dont nous sommes convenus.
-« A la semaine prochaine, Mme H. Et vous me rappelez avant si vous avez un souci. »