Je vois ce jour Monsieur Francisco RAUNERT, 55 ans. Ce patient est chef de chantier, dans les travaux publics depuis 37 ans, a décidé de me choisir comme médecin traitant. Il avait déjà consulté au cabinet médical ponctuellement pour des épisodes infectieux sans gravité.
A cette occasion il y a 1 mois, vous lui aviez trouvé une pression artérielle à 160/100 mmHg. Il vous avait dit que ce n’était pas grave car il s’agissait des chiffres habituels : « c’est toujours comme ça quand je vais chez le Docteur ».
Lors de la précédente consultation, en l’interrogeant de manière plus approfondie, vous avez appris que son père était décédé d’un infarctus du myocarde à 51 ans. Monsieur R. a commencé à fumer à l’âge de 21 ans, il fumait 1 paquet/jour mais à l’âge de 50 ans, il a beaucoup réduit sa consommation pour la maintenir actuellement à 5 cigarettes/jour. Par ailleurs, il déclare boire 2 verres de boissons alcoolisées par jour. Il n’a pas d’activité sportive. Il ne prend aucun médicament.
Il vous avait montré son bilan biologique datant de quelques mois et demandé par un autre médecin : Glycémie à jeun : 1,07 g/l, Triglycérides : 2,50 g/l, Cholestérol total : 2,98 g/l, HDL Cholestérol : 0,40 g/l, kaliémie 4,2 mmol/l, Créatinine : 7, 5 mmol/l.
Il revient aujourd’hui comme vous lui aviez demandé il y a 1 mois ; vous lui aviez dit qu’il fallait réévaluer l’ensemble de ses facteurs de risque cardiovasculaires avec un nouveau bilan biologique. Vous lui aviez dit qu’en fonction des résultats, vous seriez peut être amené à lui prescrire un ou deux médicaments dans le cadre d’un traitement à prendre de manière définitive.
Il ne vous avait pas paru enchanté de cette perspective car il était content de ne pas prendre de médicaments, mais il avait été sensible à votre argumentaire. Vous aviez confirmé l’intérêt des précautions diététiques qui lui avait déjà été conseillées et vous lui aviez remis une fiche résumant les précautions à observer.
C’est un patient rondouillard, un peu érythrosique, qui a l’air satisfait de l’attention que vous lui avez accordé lors de la consultation précédente. Vous le faites entrer dans la salle de consultation. Il vous salue et vous tend les résultats de son examen biologique ; "j’ai fait exactement ce que vous m’aviez dit, Docteur".
Les résultats sont les suivants : Glycémie à jeun : 1,02 g/l, Triglycérides 2,00 g/l, Cholestérol total : 2,73 g/l, HDL Cholestérol 0,38 g/l soit un LDL calculé à 1,95 g/l.
"Alors, Docteur, c’est quand même mieux que la dernière fois ?" "C’est vrai que c’est mieux ; avez-vous changé certaines de vos habitudes ?"
Nous discutons de ce qu’il fait au quotidien au plan hygiéno-diététique. Pendant ce temps, je l’invite à se déshabiller pour l’examen clinique. Il pèse 85 kg pour 1m 70 soit un IMC à 29.4. Son poids est stationnaire depuis plusieurs années. Son périmètre abdominal est de 105 cm.
L’examen clinique est peu contributif. L’auscultation cardiaque est normale avec une fréquence cardiaque à 80/mn, il n’y a aucun signe pathologique à l’ensemble de l’examen cardio-pulmonaire. La PA est mesurée à 155/90.
Pendant que le patient se rhabille, j’évalue son risque cardiovasculaire selon l’équation de Framingham avec la correction de Laurier : RCV à 10 ans à 20% pour un risque standard inférieur à 5%.
"Monsieur Raunert, l’amélioration de votre bilan est une très bonne chose. Mais, si l’on veut réduire le risque que vous fassiez dans l’avenir un accident cardiovasculaire, cette amélioration est nécessaire mais pas suffisante ; je suis sûr qu’il faut vous traiter avec des médicaments pour faire baisser votre cholestérol et votre pression artérielle. Est-ce que vous seriez d’accord pour suivre un tel traitement de manière définitive ?"
"Si vous estimez que c’est vraiment nécessaire, je vous fais confiance mais il faut pas qu’il y ait des désagréments avec le traitement."
"On choisira le traitement le plus adapté et il suffira de me dire si vous avez noté des inconvénients. Mais savez-vous quel est le traitement qui serait le plus utile pour vous ?"
"Ah, Docteur, je sais que vous allez me parler de la cigarette, vous le faites à chaque fois ! Je sais que c’est un problème, mais j’ai déjà bien diminué et pour le moment, je ne suis pas encore prêt pour arrêter."
"J’ai bien entendu ce que vous me dites. Comme vous avez bien diminué, je suis sûr que vous pourriez arrêter. Je vous en reparlerai car arrêter serait encore plus efficace que chacun des traitements que je pourrais vous prescrire. Mais vous avez le temps d’y réfléchir. Nous reparlerons également de la nécessité de bouger car vous êtes très sédentaire et vous auriez beaucoup de bénéfice à avoir un peu d’activité physique.
En attendant, je vais commencer par vous prescrire un médicament pour faire baisser votre cholestérol. On verra ensuite pour votre pression artérielle un peu trop forte. Il faudrait pour réduire au maximum votre risque cardiovasculaire, que votre cholestérol LDL qui est actuellement à 1.95 descende nettement. Vous allez bien sûr continuer à suivre les précautions diététiques dont nous avons déjà parlé et pour laquelle je vous avais donné la fiche. Êtes-vous d’accord pour essayer d’atteindre cet objectif avec les précautions et le médicament ?"
Après qu’il m’ait confirmé son accord et que je me sois assuré qu’il avait bien compris, je lui prescrits le traitement hypocholestérolémiant et un nouveau bilan biologique pour dans 2 mois.
"Alors à dans 2 mois, Monsieur Raunert"
"Au revoir Docteur et merci".