Mr Maran C. vient avec un ami M. Selvan T, un lundi à 18h30, au cabinet de Médecine Générale après avoir pris rendez-vous tous les deux. C’est la première fois qu’ils consultent.
Mr. C comprend assez bien le français mais le parle imparfaitement ; il arrive un peu à le lire. Son ami s’exprime bien en français. Ce dernier m’explique que M.C est sri lankais comme lui, âgé de 31 ans, célibataire, et arrivé en France il y a 9 mois, Il a quitté son pays avec un visa touristique pour fuir les violences politiques entre le gouvernement et le mouvement des Tigres du Tamoul.
Il est en situation irrégulière. Il n’a pas de travail officiel et n’aurait pas de couverture sociale.
Son ami m’explique que l’Office français de protection des réfugiés a refusé récemment son recours contre le rejet de sa demande d’asile qu’il avait déposée en arrivant. « Vous savez, ils rejettent les demandes, pourtant là bas il est menacé ».
En fait, il travaille sans être déclaré dans un magasin de vêtements dans le quartier entre la gare du Nord et la gare de l’Est. Le magasin est tenu par des amis de son oncle et de sa tante qui l’hébergent dans le Val-de-Marne et que j’ai déjà vus au cabinet médical. Tout le monde fait partie de la communauté tamoule qui est très présente dans ce quartier de Paris où de nombreux magasins sont tenus par des ressortissants sri lankais.
Je lui demande ce qui l’amène en consultation. Il me répond « Mal la tête, souvent mal la tête ». Son ami m’explique qu’il se plaint régulièrement de maux de tête quasiment tous les jours, sans que cela ne l’empêche de travailler. Cette céphalée semble bilatérale en casque, sans signe associé.
« Gratte aussi, gratte partout » me rajoute-t-il, pour évoquer un prurit qui selon son ami, le gêne par moment, sur l’ensemble du corps, notamment après la douche.
A l’examen, M.C est mince, 65 kgs pour 175, ce qui semble être son poids habituel. L’examen n’est pas très contributif puisqu’il ne révèle aucune signe particulier.
L’examen cardiovasculaire est normal, sa PA à 12/8 ; son examen Orl et son examen neurologique sont normaux.
Après avoir demandé des précisions, je comprends qu’il présente un RGO assez typique sans signe de complication.
En reprenant l’entretien après l’examen clinique, j’apprends que M.C fume ½ paquet de cigarettes/jour, qu’il mange épicé assez régulièrement (riz au curry, soupes, viande) et qu’il boit du thé très chaud.
Il semble manger à sa faim, et n’est pas dans le dénuement ; il est habillé simplement mais avec des vêtements récents et propres. Son hébergement dans sa famille se fait dans des conditions sanitaires qui ne semblent pas poser de problème.
En revanche, le problème de la couverture sociale ne semble pas l’avoir préoccupé vu son âge et l’absence de nécessité de soins auparavant.
Je leur donne l’adresse de la PASS (Permanence d’Accès aux Soins), en expliquant à son ami que c’est le lieu le plus adapté actuellement pour examiner ses droits éventuels à une couverture sociale. « Je pense qu’il a droit à l’aide médicale d’état et ça lui permettrait une prise en charge des frais médicaux ».
En attendant, je leur explique mes conclusions au plan médical. Je lui prescrits du Paracétamol, du Dexeryl, leur explique les conseils hygiéno diététiques et lui prescrits de l’Alginate de sodium pour soulager son reflux.
J’ai du mal à évaluer dans un premier entretien avec les difficultés liées à la langue à quel point les symptômes peuvent être liés à un syndrome anxieux. S’il consulte à nouveau, il faudra en savoir plus sur sa biographie et sur ses conditions de vie pour pouvoir avoir une idée plus précise, ce que je consigne dans le dossier.
Je leur demande de me tenir au courant de ses démarches pour sa prise en charge.
Son ami me remercie pour mes explications et me demande : « Nous reviendrons vous voir, Docteur, car il faudra aussi que vous vous occupiez de mes vaccinations. Je dois retourner au Sri Lanka pour y chercher ma mère. Vous savez, je suis le plus jeune des enfants, alors c’est moi qui doit m’en occuper ».
Il m’explique qu’il est en France depuis 4 ans, qu’il est issu de la même région que son ami mais que lui a eu la chance d’obtenir l’asile car il avait subi des mauvais traitements dans son pays. Il ne veut pas y laisser sa mère car son père est décédé l’année dernière.
Après avoir regardé sur Internet les précautions particulières nécessaires pour le Sri Lanka, je lui en explique les grandes lignes.
Après que les deux patients m’aient très chaudement remercié, M. T me promet en partant de me tenir prochainement au courant de la suite des événements pour M.C.