Je suis appelé au domicile de Mme F...Violette, 86 ans, pour la réévaluation de son état suite à son retour d’hospitalisation.
Sa nièce vient nous ouvrir et nous accompagne au salon de cet appartement où se tient Mme F., au teint pâle, un peu somnolente, deux genouillères tombantes sur ses chaussures, « allongée » dans un fauteuil, et tenant la poignée d’un déambulateur dans sa main gauche. Elle se redresse dans une grimace suivie d’un sourire en me reconnaissant Elle est veuve, vit seule, sans enfant mais sa nièce habite à proximité.
Son histoire récente se résume ainsi : Elle a été hospitalisée en janvier pour une fracture d’une branche ischio-pubienne suite à une chute ; une cause mécanique a été retenue pour cette chute, dans le contexte de difficultés de déplacement compte tenu d’une gonarthrose évoluée. Son hospitalisation a duré 2 mois à cause d’une phlébite, puis une poussée modérée d’insuffisance cardiaque sur AC/FA et une infection urinaire.
A peine rentrée à son domicile, une deuxième chute, survenue en mai, a entraîné une fracture du col fémoral droit bénéficiant d’une PTH, avec des suites compliquées d’une récidive de phlébite et d’un épisode de confusion, le tout suivi de 3 mois en moyen séjour.
Elle est rentrée à domicile il y a 10 jours. Tout en discutant, je commence à examiner Mme F.
Sa nièce ajoute « Elle se plaint beaucoup des genoux, Docteur, elle n’arrive pas à marcher et c’est pas bon pour son moral. Elle prend du Di-antalvic° jusqu’à 6 par jour, mais cela à tendance à l’endormir, et puis avec tous ses médicaments, je suis sûre qu’elle ne sait plus trop ce qu’elle fait. Puis j’avais entendu que le Di-Antalvic c’était nocif et qu’ils allaient le retirer de la vente ».
« Ah oui, mais moi ça me soulage, c’est mieux que le Doliprane ».
A l’examen, Mme V présente des douleurs sur les deux compartiments internes, avec une limitation articulaire en flexion à 110 à gauche et 130° à droite, avec une extension à 0°. Les genoux sont volumineux, et semblent un peu chauds de manière bilatérale. Il existe un doute sur un petit épanchement articulaire à gauche mais le genou semble sec à droite. Il n’y a pas de signe spécifique méniscal ou ligamentaire. Les hanches, notamment la PTH droite, sont testées, indolores et avec des amplitudes correctes. Il n’y a pas de plainte spontanée rachidienne.
Le reste de l’examen clinique retrouve une TA à 120/80, une auscultation sans particularité, et un léger œdème bilatéral des chevilles, Je suis un peu embêté car Mme V. sent un petit peu l’urine mais je n’arrive pas à aborder simplement cette question, surtout avec la présence de sa nièce
Je revois son ordonnance de sortie qui comprend beaucoup de médicaments :
Previscan°1/2,3/4,1/2 ; Hemigoxine°x1 ; Lasilix° 20x1 ; Kaléorid°600x1 ; Triatec°1.25x2 ; Cacit vitD3 x2 ; Forlax°x2 ; Inexium 20 x1 ; Di-Antalvic x6 ; Piascledine°x3 ; Seresta°10x1 ; Difrarel°x3 ; Catarstat° 2x3 gttes
Je remarque aussi quelques boites qui sont sorties : Rufol°, Rectopanbiline° suppo, Ketum° gel.
Sa nièce intervient pour nous dire être dépassée par l’aggravation de la dépendance de sa tante, malgré une présence quotidienne d’une aide ménagère. En effet, elle est sortie du service avec un dossier d’APA monté par l’assistante sociale ; cela a permis un retour à domicile avec une aide tous les jours. Pour le reste, sa nièce est très présente, lui fait des livrer des repas ou lui en prépare elle-même.
J’aborde prudemment la question d’une infirmière à domicile pour la toilette, la prévention et la surveillance.
Mme V n’est pas très enthousiaste mais j’insiste et plaide que c’est la meilleure manière pour rester à domicile.
Il me reste à confirmer ou pas les médicaments de l’ordonnance et à expliquer les choix, à prévoir un bilan biologique de surveillance, et au minimum une ordonnance de rééducation.