Dans ma salle d’attente, se trouvent M. et Mme DIARRA, que je connais depuis l’année dernière. M. Abdoulaye DIARRA a 40 ans, est malien et il est arrivé en France depuis 15 ans.
Il était agriculteur, il est venu à l’époque sans sa famille, il travaille dans le bâtiment et envoie régulièrement de l’argent à son village. Il a des papiers en règle qu’il a obtenus il y a 6 ans. Il est retourné au pays deux ou trois fois ces dernières années.
Il a fait venir sa femme Fatou, 25 ans, qui est arrivée en France il y a quelques mois, et qui est en situation irrégulière. Elle a une prise en charge pour ses soins au titre de l’aide médicale d’état. Il a vécu en foyer pendant des années mais maintenant, il a un petit appartement dans lequel il vit avec sa femme.
Je n’ai pas eu la possibilité de tout savoir de sa situation mais j’ai cru comprendre qu’il a une autre épouse qui est restée au village avec ses enfants.
Il n’a pas de maladie particulière mais je l’ai vu deux fois, pour douleurs abdominales et lombalgies mécaniques ; l’examen était rassurant et je luis avais prescrit des traitements symptomatiques. Il est à l’aise et s’exprime très bien.
J’ai vu sa femme une fois après qu’elle ait obtenu son AME ; elle était venue avec son mari pour elle aussi douleurs abdominales mais elle n’avait pas pris rendez vous et je n’avais pas eu le temps de l’examiner. Elle était demandeuse d’un médicament, ses douleurs étant dues selon elle et son mari au changement de régime alimentaire.
Aujourd’hui, ils s’installent devant moi, paraissent en bonne santé. C’est M.DIARRA qui parle, sa femme est silencieuse. « Docteur, ça va ? Je viens vous voir, je dois rentrer au village pour les affaires de famille. Mais ma femme ne peut pas venir avec moi à cause des papiers. Et je suis embêté, mais je dois partir dans deux semaines ». « Vous venez pour vous ou pour votre femme ? » « Oui Docteur, pour voir si ma femme ça va, mais aussi pour les médicaments pour moi pour le voyage car la dernière fois, j’ai été malade, j’ai eu mal au ventre ». « Alors, je vous propose de regarder si votre femme va bien, et ensuite, on parle du voyage, ça va comme ça ? » « Ca va, Docteur, ça va »
Je me tourne vers sa femme et lui demande si elle est en bonne santé ou si elle se plaint de quelque chose. « Ca va bien Docteur, c’est juste Abdoulaye il est inquiet, moi ça va ». « Vous n’avez plus mal au ventre comme la dernière fois ». « Des fois, j’ai mal, mais je prends le médicament et ça va mieux »
En discutant avec eux, j’en profite pour mettre à jour sa fiche concernant ses ATCDS gynécologiques et vaccinaux. M.Diarra est demandeur d’un examen clinique de routine pour sa femme, pour lequel elle est d’accord. L’examen est sans particularité et je rassure M.Diarra sur l’état de santé de sa femme.
« L’examen est rassurant, il n’y a pas de problème. Comme vous avez le mal au ventre qui revient de temps en temps, on va faire un examen de selles pour être sûr que vous n’avez pas de parasite, car ça arrive quand on vient du Mali. Et puis on en profitera pour faire une prise de sang et un examen d’urines pour être sûrs que là aussi, il n’y a pas de parasite ou de virus. Vous êtes d’accord pour qu’on fasse comme ça ? »
J’ai le sentiment qu’ils sont plutôt contents que je leur propose ce bilan.
« Pour le voyage, M.Diarra, dans quelle région de Mali vous vous rendez ? » « Docteur, c’est dans mon village, à côté de Kayes, vous savez pas loin du Sénégal »
« Je ne connais pas bien mais je vois sur mon ordinateur que c’est tout à fait à l’Ouest du pays. Vous en êtes où de vos vaccins ? ».
M.Diarra est venu avec ses papiers et son certificat de vaccination anti amarile qui date d’il y a 4 ans lors d’un précédent voyage. Il avait été vacciné en même temps avec le DTPolio, le Thyphim, et l’anti méningo AC.
« C’est bien, vous aviez eu les vaccins mais il faudrait en refaire pour le voyage. Et vous n’aviez pas été vacciné contre les hépatites ? » « On m’avait dit que c’était pas la peine, je les avais déjà eues » « On vous avait fait une prise de sang pour vous dire ça ? » « Docteur, j’en avais eu plusieurs et ils m’avaient dit ça, j’ai les papiers chez moi » « Très bien, il faut qu’on voit aussi les vaccins pour vous Madame, même si vous restez ici » « J’ai aussi des papiers pour elle, mais ils sont aussi chez moi » répond M.Diarra.
Après cette discussion, je lui donne les conseils pour le voyage, et la protection antipaludéenne sur laquelle j’insiste beaucoup.
« Je vous propose qu’on se revoit. Vous revenez le plus vite possible avec vos vaccins pour qu’on fasse les rappels avant votre départ, et Madame, vous revenez avec vos résultats et vos papiers et on voit l’ensemble. Je vous redonne un rendez vous ».
En les quittant, je note qu’il faut que je revoie d’ici la prochaine consultation les problèmes de santé dans l’Ouest du Mali.